Avec un audio livre, le plaisir est double : les mots de l'auteur et la
voix du conteur. Avec Limonov, je dirai qu'il est même triple puisqu'au style simple, sincère voire cru d'Emmanuel Carrère et à la voix rocailleuse de Jacques Franz (qui double entre
autre Robert De Niro) s'ajoute la vie incroyable d'Edouard Limonov.
A priori, rien ne m'attirait vers ce russe né durant la 2nde guerre
mondiale, je ne le connaissais même pas. Mais le sujet avait l'air fascinant car il avait vécu cent vies. Et en effet, je ne me suis pas ennuyée une seconde. De l'ex U.R.S.S. à Paris en passant
par New York, la Serbie, Limonov a été témoin au plus près de l'histoire de la seconde moitié du XXème siècle.
Poète, truand, soldat, clochard, marjordome, journaliste, écrivain,
dissident, prisonnier politique, mégalo, Limonov a connu des grands, hommes politiques, artistes, et des anonymes, des petites frappes, des femmes bien sûr, qu'il a aimé. Il a choisi la
liberté d'aller vers les minorités, vers le contraire des autres, vers le mal parfois. Il est toujours debout aujourd'hui et combat Poutine au sein de l'opposition.
Le succès de ce livre l'a remis en lumière et a permis de rééditer ses
livres : Journal d'un raté, Le petit salaud, Le poète russe préfère les grands nègres, tous ces romans parlent de la seule chose qui l'inspire : lui. On hésite entre l'admirer et le détester mais on ne peut pas lui enlever qu'il a
tout assumé. Je trouve que ce n'est pas si courant que cela et son courage mérite d'être souligné. Et puis je ne sais pas pourquoi mais cet homme me touche, je ne lui trouve pas
une tête de méchant :
Le récit d'Emmanuel Carrère, qui parle aussi de lui dans ce livre car quand il parle de la Russie, il parle de lui, de
sa mère, de cette part ascendante de lui, réussit à nous rendre proche et familier Limonov. En conclusion, vous comprendrez que j'ai été happée par le livre, l'auteur et le sujet, fascinée
et touchée.
Limonov est paru chez Folio récemment et va faire l'objet d'une adaptation au cinéma par un réalisateur italien Saverio
Costanzo.